23 octobre 2008
Notre librairie preferée à tous: La librairie Tome Dom
Reponse à la réponse à l'attention du libraire débutant posté par Adnihilo@canalblog.com
J'ai souvent dans mes précédents articles défendu la petite librairie traditionnelle de quartier contre les géants de le vente. J'ai travaillé à la librairie Bayard, au siège du groupe Bayard, et dans la formidable librairie "Tropiques ", rue Raymond Losserand - siège du fan club de Tatiana de Rosnay- auteur, simple et touchante du best seller : "Elle s'appelait Sarah". Je travaille maintenant depuis plus d'un an pour une grande enseigne. Par le biais de ces quelques expériences, j'ai connu les deux cotés de la médaille.
Pourtant, entre ces différentes expériences enrichissantes, il m'est arrivé une fois d'entrer dans la quatrième dimension. Une librairie tellement à part qu'elle n'entre sur aucune des faces de la médaille que je cite. Une expérience qui n'a duré que quelques jours mais qui a profondément redéfinie mes critères de travail. Qui m'a fait prendre conscience des conditions dans lesquelles je ne voulais jamais plus travailler et m'a fait rompre ma période d'essai de façon brutale. J'ai nommé: La librairie Tome Dom.
En bon chômeur, c'est par le biais de L'ANPE, que je découvris Tome Dom. J'avais d'ailleurs du mal à y croire. Les postes de libraires se présentent d'ordinaire par le bouche à oreille ou L 'INFL. C'est sans méfiance que je me rendis à cette librairie et y laissai un Cv à F. Le responsable me parut quelqu'un de gentil et déclara que mon parcours l'intéressait. La patronne me rappellerait. C'est ce qu'elle fit le lendemain. Il fut décidé que je commencerais à l'essai. C'était l'endroit le plus prêt de chez moi ( 3 min chrono) que je n'ai jamais trouvé; j'étais sur un nuage. Je ne me doutais pas que c'était un nuage noir orageux qui allait éclater à la première occasion.
Avant d'en venir à mes quelques jours là-bas, je tiens tout de suite à mettre les choses au point. En temps que libraire à Paris, il ne passe pas une semaine sans que je n'entende parler de cette librairie. Par des clients, mais surtout parmi les employés relayés par les internautes. Une enquête réalisée auprès des vendeurs de la capitale montrerait sûrement que tout le milieu à passé un jour ou l'autre par cet "ailleursland" et n'y ait pas survécu. Étrange n'est-ce pas. Du point de vue d'une grande chaîne, cela s'expliquerait facilement par un Turn Over important et des conditions de travail et des horaires difficiles. Mais quid d'une petit librairie de quartier. J'ai eu la chance de discuter avec quelques-un de ces ex-employés, certains sont même des collègues. Ils m'ont tous parus sains d'esprit et sincères. Sympathiques et positifs. Sauf bien sur lorsque l'on abordait la question de la librairie "Tome Dom".Un bon moyen de briser la glace avec les nouveaux. Un point d'accord facilement trouvable, et également un sujet de conversation intarissable. Difficile de penser qu'autant de personnes soient dans l'erreur. Plus raisonnable de penser que c'est cette librair(i)e ; qui a un problème. Je n'ai pas besoin de remonter loin pour trouver des exemples. Cette semaine encore en discutant avec un de ces collègues, j'ai appris effaré, son passage pittoresque, rien que pour déposer un CV à Tome Dom. Une situation comique absurde et décalée digne d'un sketch.
Imparable également, le net, où j'ai pu lire une longue tirade de mise en garde par quelqu'un qui y resta en tout et pour tout 3 heures. Il est fort probable que L'ANPE est d'ores et déjà en ébullition pour donner de la nouvelle chair à canon à cette entreprise mangeuse d'homme qui en recrache les trois quarts sur le pavé dégoûtés et groggy. Dans sa diatribe que je vous invite à lire et dont je donne le lien en bas(adnihilo) avec ceux d'autres blogs et sites qui relaient l'"affaire", notre internaute fait part de son point de vue, que nous partagerons:
"Au final, je pense avoir battu le record du contrat de travail le plus court, avec seulement trois heures. Quoique. Je me dois de rectifier quelque chose: rien n'a été signé. Pas de contrat. Pas de paye. Même pour si peu. Je ne chipote pas sur trois euros TTC, mais l'idée de faire du bénévolat pour quelqu'un dont je ne soupçonnais pas l'existence une semaine plus tôt ne me séduit pas outre mesure."
Pour ma part, revenir sur une expérience de ce genre n'est jamais facile. Surtout lorsque l'on en garde un si mauvais souvenir. Cela a quelque chose de traumatisant. Écrire revient un peu à s'exorciser de ses vieux démons. Si c'était possible je mettrais ces quelques lignes dans un carton pour oublier à jamais cette expérience aussi facilement que je l'omet sur mon CV, je le ferais.
à Tome Dom, il faut te présenter impeccablement. Chemise et pantalon. La libraire a téléphoné à tes anciens patrons. Elle te prends entre quatre z'oeils et t'annonce tout de suite la couleur. Ton nouveau travail n'a rien de commun avec ce que tu as déjà fait.
- Ah! Mais j'ai suivi des études de libraire. Je sais faire des retours, je conseilles les clients, Je reçois les représentants, Je sais....
- Taisez vous!
Et c'est ainsi que tu entres dans Tome Dom. Le moule d'une libraire qu'elle a crée sur mesure est déjà prêt à s'abattre sur toi, oh, esprit faible. On ne te demande pas de penser, mais d'obéir. Pas d'utiliser tes connaissances, mais d'en acquérir de nouvelles que tu ne pourras utiliser qu'ici.
Peu à peu, tu prends conscience que quelque chose ne tourne pas rond. Au bout de la première journée, tu mets cela sur le coup du stress.
Le lendemain, tu reviens un peu moins emballé. C'est maintenant que tu vas perdre tes illusions. Alors que tu ranges les livres en haut de l'escalier, une gentille vendeuse t'annonce qu'elle n'a pas le droit de te parler. Tu lis sur ses lèvres le mot "caméra". Tu ecarquilles d'abord les yeux, refusant d'y croire , puis petit à petit, tu comprends et tu relies ensemble les pièces du puzzle. Non cette atmosphère pesante n'est pas due qu'à l'exiguïté de cette librairie. Enfin, tu saisit plainement la remarque de la patronne sur la manière de faire ton paquet cadeau lorsque tu l'amènes au client et qu'elle n'a pas pu te voir le faire parce qu'elle n'a pas bougé de sa caisse et que tu t'es déplacé dans la pièce d'à coté.
D'instinct, tu deviens suspicieux. Tu es sur la défensive. Du haut de l'escalier tu peut remarquer en effet les petits moniteurs devant la caisse et qui réfléchissent les pièces des trois différents magasins. Alors que Tu réalises cela, tu n'y comprends plus rien non plus. Si la librairie est surveillée par des caméras, quel est ton rôle à toi? Depuis la veille, dès ton arrivée, tu as été assigné au coin droit derrière la porte, pour soi disant, surveiller les clients et limiter la fauche, et attention à ce que ton regard ne soit pas attiré une seconde de trop au delà de la vitre sous prétexte de subir les remarques désobligeantes de la patronne piquée derrière son comptoir. S'il y a bien des caméras à quoi est-ce que tu sert? Déjà que tu as signé pour un travail de libraire, pas de vigile, tu te remets en question. Et bien sur, tu n'as pas deux secondes pour parler avec la propriétaire. Tu voudrais qu'elle te donne des objectifs, comprendre le fonctionnement de la librairie. Tu ne peut pas, tu n'existes pas à ses yeux. tu n'es qu'un pion. Conseiller les clients, tu as fait une croix dessus déjà lorsque la patronne t'a dit de lui envoyer les clients. Tu dois t'obliger à l'entendre parler des livres, cachée derrière ses lunettes. Tu n'avais vu que des avantages à travailler dans ton quartier, tu te rends compte que ce n'est pas gagné lorsque des amis de la famille rentrent dans la librairie au moment où tu te fait réprimander pour une obscure raison. Le paroxysme, c'est le moment ou elle se reconstruit un visage doux. Oui, elle sait faire ça très bien. Dans ces moments là on la prendrait presque pour une vieille dame bien respectable.
Le pire c'est qu'au bout de trois jours, je me sentais dévoué. Comme les personnes victimes de séquestration, j'essayais tout pour lui plaire. Un maximum qui n'était visiblement jamais suffisant. J'ai presque honte de le dire, j'ai essayé d'obtenir sa sympathie. Vouloir accéder à sa bulle Le moindre geste qui n'était pas foncièrement négatif. Je le prenais en positif, prêt à subir n'importe quoi. J'y étais, pourquoi ne pas s'accrocher? Et bien non! Cette atmosphère nauséabonde finit pas avoir raison de mes nerfs. J'avais connu tellement mieux avant.…C'est bien cela le noeud du problème. L'accoutumance…Peu à peu on se laisse tomber. C'est une suite logique du chômage. Comme l'alcool, comme tout. Une fois dedans, tu te laisses tomber et tu acceptes ce que tu deviens. Les personnes qui travaillent là bas depuis longtemps ou qui n'ont jamais connu d'autres employeurs, s'en viennent à penser qu'ils sont très bien là où ils sont. Ils peuvent croire que c'est ainsi, qu'ils sont une élite alors qu'ils sont en fait isolés. Tome Dom, c'est la Corée du Nord. Il faudra bien un jour que quelqu'un fasse quelque chose.
C'est à se demander comment cette librairie fonctionne. J'ai pu reconstruire son fonctionnement par le biais des faits existants et des commentaires lâchés par d'anciens employés. Ils ne sont pas brillants. Tout d'abord, il faut savoir que LIINFL, l'institut de formation des libraires, n'envoie plus d'apprentis dans cette librairie, ce qui oblige la patronne à recruter par le biais de l'ANPE, fait rarissime pour une librairie. Après les apprentis, ce sont les représentants des différentes maisons d'édition qui boycottent l'enseigne et refusent maintenant de se déplacer. Résultat des courses, Tome Dom n'est au courant de rien et se contente de prendre à l'unité tous les livres à l'office, argument qu'elle sait tourner à son avantage. Pourtant, elle n'a entendu parler d'aucun livre lorsqu'ils arrivent en magasin. Ce qui les oblige à faire un choix et recommander au dernier moment quand l'actualité se fait pressante. Îlot isolé du monde de la librairie et des livres, Tome Dom tient le change mais la première métaphore qui me viendrait à l'esprit, c'est celle d'une pharmacie qui aurait tous les médicaments mais aucune notice...
Il faut malheureusement se rendre à l'évidence, cette situation n'est pas prête à s'arrêter. Partout ailleurs en France, une telle librairie serait pointée du doigt et les clients ne reviendraient plus. Malheureusement, Tome dom est située rue Saint Dominique dans le 7e. L'un des arrondissements les plus riches de la capitale. Il semblerait que les clients branchés du quartier ne voient pas ces fantômes de libraires qui passent pour ne plus jamais réapparaître. La jeune fille ou le jeune homme posté contre son gré derrière la porte. Pire peut être ferment-ils les yeux. Ayant connu plusieurs librairies, je peux certifier que lorsqu'une bonne ambiance est en place, les clients demandent des nouvelles des employés. Le garçon qui m'a conseillé tel ou tel livre est-il là? Non? Mais que c'est dommage ...Ici, rien de cela apparemment. L'autre clientèle qui sauvera la librairie de la faillite c'est le vivier d'écoliers, de collégiens et de lycéens de la grande école privée et catholique: La Rochefoucault. Les commandes scolaires qui affluent et les livres jeunesse vendus en face à Tome Dom Plume suffisent largement à la pérennité de l'ensemble. Mais les choses changent peu à peu. Les esprits s'ouvrent. Une clientèle s'est d'ailleurs constituée qui ne vient qu'en jeunesse ou quand la patronne n'est pas dans la place. Un moyen de fermer les yeux, mais guère responsable.
Évidement, je ne vais pas faire ici le compte rendu de tout ce que j'ai pu lire entendre et voir de cette librairie. Il y aurait de quoi remplir des pages et des pages. Des pages d'exemples de brimades, chacun à la sienne, plus futile l'une que l'autre; de témoignages de représentants ayant assistés à des scènes surréalistes. Bien sur, ce comportement a été signalé. Il y a eu des affiches placardées par des clients choqués, j'en passe.
Pour plus de détails, vous pouvez visiter les sites suivants, où s'alignent les commentaires des déçus de Tome Dom, réunis en une vraie communauté d'internautes. Vous pouvez également laisser vos commentaires ici ou signaler l'existence d'un nouvel article. Tous Némonautes...
poivre.net ( ce lien ne marche plus)
voir aussi l'article du 25 septembre 2008
Commentaires
Ah, comme ce témoignage m'est familier. J'ai passé dans cette librairie les deux pires semaines de ma vie et j'ai troqué un travail intéressant dans une grosse enseigne pour ça. Si je n'avait pas démissioné si vite je pourrais que cet endroit m'a gaché la vie. Et l'anpe continue à y envoyer des gens. On se sent bien impuissant face à tout ça.
Je suis actuellement en recherche d'un premier emploi et je me suis inscris il y a deux jours à l'ANPE. J'étais à deux doigts d'envoyer cv et lettre de motivation avant de lire ton article mais comme je fais toujours une visite des critiques internautes de telles ou telles librairies avant de me lancer, tu m'as bien rattraper au vol.
Je manque d'expériences me disent les libraires (je sors d'un IUT métier du livre) et je croyais que ce genre de librairie faciliterait l'expérience.
En tout cas, merci beaucoup, je n'hésite pas à garder ton article sous le coude pour faire également le relais d'infos.
Bonne continuation !
bon courage
J'ai un ami qui vient de faire le même parcours que toi, et qui a atterrit à la librairie Julliard. Si tu cherches du travail, le Virgin mégastore est en période de recrutement. Il y a encore quelques postes à pourvoir. Tu peut laisser CV et lettre de motivation à l'accueil de la librairie au sous-sol. ( A l'attention de Mme Delphine Bouettard ). C'est une expérience enrichissante et l'ambiance y est nettement meilleure qu'ailleurs. Par contre il ne faut pas avoir peur des horaires et notamment travailler jusqu'à minuit et certains dimanche... Bonnes recherches en tout cas. Guillaume
merci
Infos très intéressantes... il est cependant dommage que les clients en général se moquent bien du travail des employés... et plus ils sont riches, moins l'Humain prime ! Combien de médecins en parfait négriers dans Paris ? (et des toubibs qui volent dans les librairies !)
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